Accueil · Depuis les Carpates
Il est une heure où, dans les Carpates, mieux vaut rester couché. Si l'on s'éveille sans raison – quelque part entre minuit et le premier chant du coq, souvent vers trois heures –, on ne se lève pas, on ne regarde pas, on ne répond pas. C'est le ceasul rău, la mauvaise heure.
Dans la croyance populaire roumaine, il est des heures qu'on évite. La plus dangereuse est le ceasul rău – littéralement la « mauvaise heure ». Ce n'est pas une heure fixe au sens moderne, mais un moment de la nuit où la frontière entre les vivants et ce qui rôde dans le noir s'amincit. Qui s'y éveille, se lève ou parle, se fait remarquer.
Le temps dangereux se situe entre minuit et le premier chant du coq. En ces heures, dit la croyance, les morts sans repos rôdent. Un strigoi quitte sa tombe, parcourt le village, et doit être rentré avant que le coq ne chante. C'est l'heure où l'on verrouille les portes, où l'on n'allume pas, où l'on ne laisse entrer personne – et où l'on ne répond à personne.
Que trois heures du matin soient la pointe la plus sombre de ce temps a une raison ancienne. Dans la tradition chrétienne, le Christ est mort à trois heures de l'après-midi. Trois heures de la nuit en sont le miroir, l'inversion – l'heure où le mal raille cette mort et serait le plus fort. On l'appelle l'heure du diable. Qui s'éveille alors, sans raison, n'est pas simplement éveillé, dit la vieille croyance : quelque chose l'a réveillé.
Et ici s'applique la même règle que partout dans les Chroniques des Carpates : qui répond est perdu. Se lever, allumer la lumière, regarder dehors, demander à voix haute « Qui est là ? » – tout cela est une réponse. Cela dit à ce qui t'a réveillé que tu es éveillé et que tu l'as remarqué. La voie sûre est l'inverse : rester couché, les yeux clos, immobile. Faire comme si l'on dormait encore.
La mauvaise heure a bien des noms. Dans une grande partie de l'Europe, on connaît l'« heure des sorcières » ou « heure du diable » – le temps après minuit où sorcières, démons et fantômes seraient au plus fort de leur puissance, souvent resserré sur trois ou quatre heures. Les raisons changent, le cœur demeure : à cette heure, la nuit n'est pas vide.
Nul besoin de croire à la mauvaise heure pour comprendre pourquoi quelqu'un garde les yeux clos au cœur de la nuit plutôt que de regarder. On n'est jamais trop prudent.
C'est à cette heure exacte que se déroulent les Chroniques des Carpates. Les coups commencent « peu après minuit », les voix appellent dans le noir, et la règle de la famille vaut toujours : ne pas répondre. L'inquiétant, ce n'est pas l'heure à l'horloge. L'inquiétant, c'est de s'être éveillé sans aucune raison.
Le ceasul rău est consigné dans les écrits ethnographiques sur la croyance populaire roumaine, notamment chez Agnes Murgoci, Customs Connected with Death and Burial among the Roumanians (1919). L'« heure des sorcières » ou « du diable » et la lecture de trois heures comme inversion de l'heure de la mort du Christ appartiennent au fonds solide de la superstition nocturne européenne.
Le reste ne se lit pas. Il faut s'être éveillé à trois heures, sans raison, dans une maison où quelque chose veille avec vous.
Les Chroniques des Carpates de Corben Vale racontent précisément ce genre d'histoires, d'après des faits réels. « Le Village des Pendus » et « Stafii » paraissent le 15 octobre 2026 en sept langues.